Conseil financier que j’aurais voulu entendre quand j’étais plus jeune – Rina DeGrazia, vice-présidente, Éducation financière

Rina DeGrazia
Vice-présidente, Éducation financière

C’était une de ces journées où tout allait mal.

C’était il y a environ dix ans de cela, lorsque je travaillais à Gestion de patrimoine TD. La plupart du temps, j’adorais mon travail et mon équipe, et j’aimais venir au bureau.

Mais cette journée-là n’était pas comme les autres. Ça a aussi été le jour où j’ai compris à quel point notre relation avec l’argent pouvait être émotive.

Avec le recul, je ne me souviens plus des détails, mais je me rappelle avoir été dépassée par la pression qui montait. J’avais atteint un point critique – le moment où la goutte allait faire déborder le vase.

Puis, le téléphone a sonné une fois de plus.

Alors, j’ai fait ce que toute personne rationnelle aurait fait : j’ai décidé de faire une pause et de sortir prendre l’air. J’ai attrapé mon sac à main, j’ai transféré mes appels à ma boîte vocale et je suis partie dîner. Une enfilade de taxis stationnés m’attendait à la sortie de l’édifice pour m’amener à mon lieu de réconfort, qui pour moi était n’importe où sauf à l’endroit où je me trouvais.

Quand le chauffeur de taxi m’a demandé où j’allais, avant même que je m’en aperçoive, je lui ai demandé de me déposer au coin de Bay et Bloor.

Notons au passage que j’ai toujours été le genre de personne très responsable financièrement. Comme j’ai grandi dans une famille de quatre enfants, je connais l’importance d’optimiser son argent. J’ai travaillé pour aider à payer mes études à l’université et j’ai réussi à financer mon éducation sans contracter un prêt étudiant. Quand mon mari et moi nous sommes mariés, j’ai pris en main les finances du ménage pour pouvoir faire des versements hypothécaires accélérés et épargner pour la retraite en même temps.

Mais comme je l’ai dit, notre rapport à l’argent est émotif.

Ce jour-là, tandis que le taxi s’approchait de l’intersection, je me suis demandé où j’allais et ce que j’étais en train de faire. Quand le taxi s’est rangé, j’ai demandé au chauffeur de m’attendre et de ne pas arrêter le compteur.

Je n’étais jamais allée magasiner dans ce coin-là et je n’avais aucune idée de ce que je recherchais. Mais comme bien des femmes, j’ai toujours eu une passion pour les chaussures (notre poids fluctue, nos vêtements changent, mais nos chaussures nous font toujours).

Je suis entrée dans la première boutique de chaussures que j’ai vue et mon regard s’est tout de suite arrêté sur une magnifique paire de bottes noires à talons de quatre pouces. Elles étaient présentées seules sur une table, comme une œuvre d’art.

Et puis soudainement, j’étais en train de glisser ma carte de crédit dans le terminal.

Mon achat a fait diversion de mon anxiété et la course en taxi de 10 minutes pour revenir au bureau était presque sereine.

Quand je suis revenue, l’air triomphant avec ma nouvelle acquisition, une de mes collègues m’a demandé ce qu’il y avait dans mon sac. Tandis que je défaisais soigneusement l’emballage pour lui montrer les bottes, elle m’a demandé : « Combien ont-elles coûté? »

À ce moment-là, j’ai réalisé que je ne savais pas.

Je me suis rappelé l’émotion, l’impulsion, mais s’ajoutait maintenant le sentiment d’anxiété d’avoir fait une folle dépense. J’avais signé la facture de la carte de crédit sans avoir regardé le prix. Pire encore, je n’avais même pas demandé.

Imaginez ma réaction, devant ma collègue, lorsque j’ai vu la facture. Je venais de dépenser plus de 1 000 $.

Comme la boutique n’avait pas de politique de retour, dix ans plus tard, ces bottes demeurent les chaussures les plus chères que j’aie jamais possédées. Et aussi les plus inconfortables. Elles ont fait mal à mes pieds tout comme elles ont fait mal à mon portefeuille, et je peux compter sur les doigts d’une main le nombre de fois où je les ai portées.

Mais j’ai conservé ces bottes dans un garde-robe, dans un endroit juste assez visible pour me servir de leçon précieuse et me rappeler à quel point notre rapport à l’argent peut être émotif.

Ces bottes symbolisent également l’importance de faire un budget. Tout le monde planifie son budget à sa façon, mais je trouve utile de séparer l’argent dans différents comptes – un pour les factures et le logement, un autre pour l’épargne, et un troisième pour se gâter.

En même temps, j’ai aussi appris que lorsqu’on magasine impulsivement, c’est toujours mieux de payer en argent comptant. Remettre un paquet de billets papier a un effet mental bien différent que de taper une carte de crédit ou de débit. En économie comportementale, ce principe s’appelle « la douleur de payer », et il peut contribuer à nous dissuader de faire des achats frivoles.

Aujourd’hui, quand j’ai envie de faire un achat impulsif, je demande toujours au personnel du magasin de mettre l’article de côté pendant 24 heures. Si je reviens à la maison et que je pense de façon rationnelle à cet achat, bien souvent, je décide que je n’en ai pas besoin.

Pour beaucoup d’entre nous, en ce qui concerne ce type d’achat, il faut comprendre la différence entre être capable de payer quelque chose et pouvoir vraiment se le permettre.