Conseils financiers que j’aurais voulu entendre : Andrew Pilkington, vice-président à la direction, Réseau de succursales

Dans ce premier article de notre nouvelle série sur les conseils, un dirigeant de la TD se remémore que rien n’est jamais acquis en immobilier et nous met en garde de laisser le cœur l’emporter sur la raison.


Par Andrew Pilkington
Vice-président à la direction, Réseau de succursales

Ça avait l’air si simple. Impossible de ne pas en sortir gagnant.

En tout cas, c’est ce que tout le monde me disait.

Andrew Pilkington, Vice-président à la direction, Réseau de succursalesAu début de ma vingtaine, je venais d’obtenir mon diplôme d’une université pas trop loin de la maison, au Royaume-Uni, et je travaillais déjà pour une grande multinationale. Les choses allaient bien; c’était la fin des années 1980, Liverpool était l’équipe de soccer dominante en Angleterre, j’avais un bon salaire et un avenir plein de promesses.

En surface, tout allait comme sur des roulettes, mais je me sentais tout de même un peu largué. Autour de moi, mes amis devenaient propriétaires; le marché de Londres était en plein essor et je me demandais pourquoi j’étais toujours locataire. Si tout le monde achetait, je devais peut-être le faire aussi.

Ces réflexions ont probablement un air familier pour quiconque habite une grande ville au Canada présentement.

Après avoir fait mes recherches et reçu beaucoup d’encouragements de mes proches, j’ai fini par acheter un condo incroyablement lumineux dans un soi-disant quartier émergent de Londres. Mon courtier immobilier m’a dit que je faisais un excellent investissement et tous ceux à qui j’en parlais – parents, amis, collègues – chantaient la même chanson : j’avais pris la bonne décision.

Sauf que finalement non.

Quelques années tard, la situation n’était plus si reluisante pour mon investissement de choix. Il s’est avéré que j’avais acheté au moment où le marché était à son plus haut, et les prix des propriétés avaient chuté de façon notable.

Pire encore, les taux d’intérêt s’étaient envolés, et mes revenus après impôt ne me permettaient même plus de faire mes versements hypothécaires mensuels. Il a vite fallu que je loue une des chambres juste pour pouvoir faire mes paiements.

Au moment de l’achat, j’étais ravi de ma démarche pour devenir propriétaire. Les taux d’intérêt étaient faibles, le prix des maisons était en hausse constante, et les perspectives économiques étaient plutôt optimistes. Au fil du temps, j’ai compris que tout n’était pas si rose, et comme plusieurs propriétaires, j’ai appris que prendre un peu de recul pour savoir ce qu’on peut se permettre est une étape cruciale de la décision d’acheter une maison. Photo du jeune Andrew Pilkington

Il est facile d’acheter une maison avec son cœur, mais il est essentiel de considérer que les circonstances, par exemple les taux d’intérêt, peuvent changer dans le futur.

Quand je regarde notre secteur à l’heure actuelle et que je vois se lever un vent de changement, je trouve qu’il y a certaines similarités avec ma situation à la fin des années 1980. Pendant près d’une dizaine d’années, les Canadiens ont profité de taux d’intérêt plus bas que jamais, le prix des maisons a continué à monter, et l’avenir semblait radieux. Mais tout cela pourrait changer.

C’est drôle, le quartier de Londres où j’ai acheté mon condo n’a jamais vraiment connu l’essor escompté. En fait, j’ai appris assez tôt qu’un prolongement d’autoroute passerait tout près de mon condo, ce qui, comme vous pouvez le deviner, n’a pas fait augmenter la valeur de la propriété.

Mais j’ai quand même eu de la chance. Après quelques années, le marché s’est stabilisé, mes revenus ont augmenté, et j’ai pu passer à autre chose. Tout le monde n’a pas cette chance.

Si je pouvais revenir en arrière, je dirais à la version plus jeune de moi-même de regarder au-delà du présent et de considérer la situation à moyen et long terme, de calculer si la propriété est abordable, plutôt que de penser qu’une excellente conjoncture économique va toujours continuer parce que je n’ai rien connu d’autre. J’aurais demandé des conseils objectifs avant d’acheter, dans une banque ou à un conseiller financier. Et finalement, je me serais dit qu’il n’y a rien de mal à louer, qu’il n’est pas nécessaire de se lancer dans le marché immobilier juste parce que tout le monde le fait, et que tout investissement comporte des risques.

Finalement, j’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir au fait qu’on peut facilement laisser son cœur l’emporter sur la raison, et se faire entraîner dans une bonne affaire « assurée » juste parce que tous les autres le font.

Je n’oublierai jamais ce condo incroyablement lumineux et les leçons qu’il m’a apprises. Parfois, les choses ne sont pas aussi simples qu’elles en ont l’air.