Huit raisons d’être optimiste quant à l’économie de l’Alberta : Services économiques TD

Par Derek Burleton
Vice-président et économiste en chef adjoint, Services économiques TD

Deux ans après l’une des plus fortes récessions de l’Alberta, l’économie de cette province reprend du poil de la bête.

La reprise de l’année dernière a été étonnamment solide, mais des indicateurs plus récents montrent que le rythme de l’expansion est retombé à un taux de croissance plus modéré. Selon nos estimations, l’économie albertaine devrait se rétablir complètement au cours de la prochaine année.

Cependant, en ce qui a trait au marché de l’emploi, le retour à un taux de chômage au niveau tendanciel estimé n’aura probablement pas lieu avant 2020, soit environ quatre ans après la fin de la récession.

Tandis que l’économie de l’Alberta continue de reprendre le terrain perdu, elle réorientera vraisemblablement le tir, passant de la reprise à la croissance économique à plus long terme. Il reste notamment des points à éclaircir sur la viabilité du secteur pétrolier et gazier, la pierre angulaire de l’économie.

Malgré ces incertitudes, les Services économiques TD présentent, dans leur nouveau document d’information intitulé Alberta’s Economy Making its Way Back Home (L’économie de l’Alberta se relève), les huit raisons pour lesquelles la TD continue d’être optimiste quant à l’avenir économique de l’Alberta. Ces raisons se trouvent ci-dessous.

1. Résilience de la demande mondiale de pétrole

La perspective d’un déclin structurel de la demande mondiale – ou « demande de pointe » – est un sujet brûlant d’actualité depuis dix ans en ce qui a trait aux marchés pétroliers, surtout que les constructeurs automobiles continuent d’accroître leurs investissements dans des véhicules électriques. Cependant, les affirmations à propos de la « mort imminente » du pétrole sont grandement exagérées, alors que la demande mondiale fait preuve de plus de résilience que ce qui avait été prévu par de nombreux analystes.

2. Les coûts de production du pétrole ont baissé

Les sables bitumineux sont synonymes de coûts élevés depuis de nombreuses années. Et les préoccupations quant à l’attraction et à la rétention des investissements dans ce secteur d’activités sont légitimes, surtout si l’on tient compte du fait que l’industrie pétrolière américaine est assujettie à une réglementation moins sévère et qu’elle est maintenant moins imposée. Mais les plus récents projets d’expansion laissent entrevoir que les producteurs de pétrole lourd au Canada sont plus concurrentiels que bon nombre le croient.

3. Demande de pétrole lourd aux États-Unis et offre limitée hors de l’Alberta

Avec ses immenses réserves de pétrole brut lourd, l’Alberta dispose d’une ressource qui continuera d’être recherchée dans un avenir prévisible. La province a accru sa capacité de raffinage au cours des dernières années; actuellement, quatre raffineries traitent le pétrole lourd en Alberta, avec une cinquième qui devrait commencer ses activités en 2018 (la raffinerie Sturgeon). Néanmoins, le marché du bitume le plus captif reste la côte du golfe du Mexique qui représente, avec la Chine, le plus grand fournisseur de produits de raffinage de pétrole lourd dans le monde entier.

4. Croissance du potentiel du gaz naturel liquéfié

En plus de la croissance de la demande structurelle en matière de production d’énergie en Amérique du Nord, on espère que l’industrie du gaz naturel de l’Alberta bénéficiera, à moyen ou à long terme, de l’accès à de nouveaux marchés hors des États-Unis. Il semble que le terminal de gaz naturel de 40 milliards de dollars de LNG Canada, sur la côte nord-est de la Colombie-Britannique, profite d’un élan intéressant, l’approbation finale étant prévue à la fin de cette année.

5. Le boom pétrochimique contribue à la diversification énergétique

Dans le contexte actuel où les prix et la production de pétrole et de gaz naturel sont limités, les territoires comme l’Alberta ont de plus en plus intérêt à augmenter leur valeur ajoutée. Et en effet, la province a réussi à diversifier ses activités énergétiques, en s’éloignant des activités pétrolières et gazières de base et en mettant davantage l’accent sur les activités des secteurs intermédiaire et aval.

6. Des secteurs autres que l’énergie prennent leur envol

Le succès de l’économie albertaine demeure profondément lié au secteur énergétique. Néanmoins, la province a fait des progrès en faisant croître sa base économique hors du secteur pétrolier et gazier au cours des dernières décennies, principalement dans le secteur des services. Les dernières tendances mettent en évidence les efforts d’expansion dans des secteurs non liés à l’énergie, notamment le tourisme et la fabrication de produits alimentaires.

La population relativement jeune et croissante de l’Alberta ajoute au potentiel de croissance à long terme de l’économie. En effet, l’âge médian et le rapport de dépendance de la province continuent d’être bien inférieurs à l’âge médian et au rapport de dépendance au Canada, alors que la main-d’œuvre plus jeune de l’Alberta contribue aux taux de participation au marché du travail parmi les plus élevés au pays. Le taux de croissance de la migration intérieure et de la population globale de la province a souffert durant le ralentissement économique, mais montre des signes de reprise.

7. L’Alberta jouit encore d’une bonne souplesse budgétaire

Le déficit budgétaire de la province est appréciable, et l’Alberta emprunte sur les marchés de la dette à hauteur de neuf milliards de dollars annuellement (besoins nets de financement). Cependant, la province jouit encore d’une position relativement favorable; à 7 % du PIB, son fardeau de la dette nette fait encore l’envie des autres provinces du Canada. En outre, les avantages fiscaux considérables pour les entreprises et les particuliers ont disparu. Cependant, l’Alberta n’a pas de taxe de vente, ni de prime d’assurance-maladie, ni de taxe sur la masse salariale. Ainsi, elle conserve son solide avantage concurrentiel sur le plan de la fiscalité globale, comme en témoignent les recettes fiscales en pourcentage du PIB, qui figurent parmi les plus basses au Canada.

En conclusion

La capacité de l’Alberta à réaffirmer son rôle de moteur économique dépendra en grande partie de la façon dont la province abordera certains défis, notamment les capacités insuffisantes des pipelines, les obstacles réglementaires, l’élimination du déficit budgétaire du gouvernement provincial, la concurrence de l’industrie du gaz de schiste aux États-Unis en matière d’investissements et la réponse aux changements climatiques. Le défi le plus pressant est sans contredit le degré d’acceptabilité sociale du développement des ressources au pays, celles-ci ayant permis au Canada de profiter d’un avantage comparatif pendant une longue période.

Nous avons exposé huit raisons d’être optimiste pour l’avenir de l’Alberta et sommes persuadés que la province reste bien positionnée pour reprendre son rôle de moteur de la croissance au Canada. Et la toute première raison pour expliquer notre optimisme est tellement évidente qu’elle ne figure même pas dans notre liste; il s’agit de la capacité historique de l’Alberta à surmonter ses défis. Après avoir traversé cinq récessions, l’Alberta s’est non seulement relevée, mais a réussi à surpasser d’autres provinces canadiennes sur une moyenne de 10, 20 et 30 ans. Il n’y a aucune raison pour que ce ne soit pas encore le cas à l’avenir.

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Derek Burleton

vice-président et économiste en chef adjoint

Services économiques TD