Services économiques TD: Prévisions économiques trimestrielles - Les tarifs douaniers soufflent un vent glacial sur les signes précurseurs de reprise

Le lundi, les Services économiques TD ont publié leurs prévisions économiques trimestrielles, qui s’intitulent « Économie mondiale : Les tarifs douaniers soufflent sur les signes précurseurs de reprise ». Vous trouverez ci-dessous un résumé du rapport. Pour lire le rapport complet, cliquez ici


Économie mondiale : à la croisée des chemins

L’économie mondiale s’est comportée essentiellement comme nous l’avions prévu en mars. Après une forte décélération l’an dernier, les indicateurs à haute fréquence donnent à penser que la croissance mondiale s’est stabilisée, mais à un taux inférieur à la tendance, tout juste au-dessus de 3 %. 

Pour l’an prochain, toutefois, les perspectives de croissance ont été revues à la baisse de 0,2 point de pourcentage (pp) pour tenir compte des risques associés à la récente escalade des tensions commerciales. 

Les signes de stabilisation de la croissance constatés depuis le début de l’année découlent de divers facteurs. Mis à part les fluctuations récentes liées aux tensions commerciales, les conditions financières mondiales se sont en général améliorées depuis le début de l’année, en partie grâce à l’anticipation d’une baisse des taux directeurs au cours des prochains trimestres. L’amélioration des conditions financières et les mesures de relance supplémentaires, notamment en Chine, ont contribué au raffermissement de l’activité économique. Des signes précurseurs de reprise se sont manifestés dans les pays émergents d’Asie et dans un certain nombre d’économies avancées, dont les principaux pays d’Europe et le Canada. 

Ce portrait global masque un clivage persistant entre le secteur manufacturier et celui des services. L’activité manufacturière mondiale stagne toujours, situation essentiellement attribuable à l’incertitude liée au commerce international et aux effets de la baisse de la production automobile en Europe. En revanche, le secteur des services s’est montré plutôt résistant, surtout dans les économies avancées. 

Les tensions commerciales représentent un danger manifeste pour l’économie mondiale. Nos prévisions tiennent compte des tarifs douaniers déjà en vigueur, mais la possibilité de nouvelles interventions – et d’épisodes inattendus d’aversion aigüe pour le risque – demeure le principal risque baissier. 

Économie canadienne : entre l’arbre et l’écorce 

L’économie du Canada a traversé un passage à vide, la croissance (annualisée) du PIB réel ayant à peine atteint 0,4 % au premier trimestre après s’être établie à 0,3 % au dernier trimestre de 2018.

L’économie du Canada a traversé un passage à vide, la croissance (annualisée) du PIB réel ayant à peine atteint 0,4 % au premier trimestre après s’être établie à 0,3 % au dernier trimestre de 2018.

La faiblesse générale des tendances de production cache toutefois un tableau plus rose. Par exemple, la demande intérieure (dépenses des ménages et des entreprises) a rebondi au premier trimestre sur fond de marché de l’emploi toujours solide. Les conditions extérieures continuent toutefois de se détériorer avec compte tenu des tensions commerciales persistentes. 

Nous nous attendons à ce que le fossé entre la faible progression du PIB réel et la robuste croissance de l’emploi se comble au cours des prochains trimestres, à mesure que la production s’accélérera quelque peu et que le marché de l’emploi décélérera pour atteindre un rythme plus viable. Pour l’ensemble de 2019, nous prévoyons une expansion du PIB réel de 1,2 % et un taux de chômage toujours sous la barre des 6 %.

Il n’est pas assuré que la Banque du Canada emboîtera le pas à la Réserve fédérale, comme les marchés s’y attendent si souvent. Nous pensons plutôt que la Banque du Canada, en l’absence de signes clairs d’une détérioration de l’économie nationale, n’imitera pas les baisses modestes des taux opérées par la Fed. Plusieurs raisons expliquent ce point de vue. Premièrement, après une faiblesse prolongée, les données surpassent maintenant les attentes au T2 avec une croissance frôlant les 2 %, ce qui est supérieur aux prévisions de la Banque du Canada. Deuxièmement, les marchés de l’habitation affichent une stabilisation plus généralisée dans la plupart des régions, et la Banque sera sans doute plus prudente avant d’abaisser les taux au risque de doper à nouveau les niveaux d’endettement. Troisièmement, le taux directeur est déjà plus faible que celui de nos voisins du Sud.

Perspectives pour l’économie américaine : derrière la solide performance, des risques planent

L’économie américaine a affiché une croissance supérieure aux attentes au début de 2019. Le PIB réel a progressé à un taux annualisé de 3,1 % au premier trimestre, dynamisé par des facteurs temporaires tels qu’une importante accumulation de stocks. Une résorption de la tendance est à prévoir pour le deuxième trimestre, et ce taux devrait descendre à tout juste 1,5 %. On obtient malgré tout une croissance de 2,3 % pour le premier semestre, soit près d’un demi-point de pourcentage au-dessus de nos prévisions antérieures.

L’économie américaine a affiché une croissance supérieure aux attentes au début de 2019. Le PIB réel a progressé à un taux annualisé de 3,1 % au premier trimestre, dynamisé par des facteurs temporaires tels qu’une importante accumulation de stocks. Une résorption de la tendance est à prévoir pour le deuxième trimestre, et ce taux devrait descendre à tout juste 1,5 %. On obtient malgré tout une croissance de 2,3 % pour le premier semestre, soit près d’un demi-point de pourcentage au-dessus de nos prévisions antérieures.

La croissance annuelle moyenne pour 2019 s’établit ainsi à 2,6 % (2,4 % précédemment). En 2020, nous entrevoyons un ralentissement de la croissance à 1,8 % en raison des contraintes de capacité.

La Maison-Blanche a fait passer de 10 à 25 % les tarifs douaniers sur la deuxième tranche d’importations chinoises assujetties à ces droits. En elle-même, cette hausse aura probablement des répercussions limitées (à peine plus de 0,1 pp selon nous); c’est surtout l’évolution des dépenses de consommation et de l’investissement dans un contexte d’escalade continue des tensions commerciales qui sera déterminante. La confiance du secteur manufacturier a déjà commencé à converger vers les niveaux plus bas observables à l’étranger. Une nouvelle hausse des tarifs douaniers risque donc de peser davantage sur la croissance économique et la confiance que l’an dernier, où ces éléments se situaient à des niveaux déjà très élevés. 

Les marchés prévoient jusqu’à quatre réductions de taux d’ici la fin de 2020. Ce positionnement audacieux reflète les inquiétudes d’une escalade des tarifs douaniers, la faible inflation et le ralentissement de la croissance économique (à l’échelle tant mondiale que nationale). Selon nous, le marché a surévalué le niveau d’assouplissement dont la Fed aura besoin, ou qu’elle sera disposée à fournir en l’absence d’une importante détérioration des données économiques. Toutefois, les risques élevés qui persistent permettent à la banque centrale de prendre une approche fondée sur la gestion des risques plus tard cette année en guise de protection. 

Nous nous attendons à un certain accord avec la Chine cette année, pourvu que les discussions entre le président Trump et le président Xi au sommet du G-20 à la fin de juin portent leurs fruits. Cependant, même si une entente est conclue, on ne sait trop à ce stade-ci si le poids qui pèse sur l’économie et l’humeur des marchés disparaîtra. Fait important pour les États-Unis, une entente nécessiterait l’annulation des tarifs douaniers de 25 % imposés à la Chine en mai. En outre, les craintes à l’égard du commerce mondial pourraient rapidement refaire surface, puisque M. Trump a déjà indiqué son intention de se tourner vers l’Europe (qui est un plus grand marché d’exportation pour les États-Unis). Compte tenu de ce contexte et du ralentissement de la croissance économique, la Fed peut se permettre d’opter pour une forme de protection. 

Auteurs contributeurs: Beata Caranci, Derek Burleton, James Marple, Fotios Raptis, Leslie Preston, Brian DePratto, James Orlando.

Beata Caranci

première vice-présidente et économiste en chef

Groupe Banque TD